Longtemps, j'ai cru emprunter plusieurs chemins dans ma peinture. Les portraits animaliers, les paysages, les œuvres spirituelles, les créations plus libres semblaient appartenir à des univers différents.
Aujourd'hui, je comprends qu'ils sont traversés par un même souffle.
Je ne peins pas toujours de la même manière, mais je reconnais dans mon travail les mouvements d'une respiration.
Le Souffle du vivant
ma peinture par émergence
L'inspiration
Tout commence par l'inspiration. Avant même de toucher la toile, je me laisse habiter par ce qui m'entoure : la nature, les rencontres, les regards, les paysages du Morvan, mais aussi le silence, la méditation et la prière. Je recueille sans toujours savoir ce qui prendra forme.
L'expiration
Puis vient l'expiration. Un geste libre, parfois rapide et presque tumultueux. Je dépose des couleurs, des lavis, des traces, des matières. Je laisse une place au hasard et à l'imprévu. C'est un moment de liberté où je renonce provisoirement à tout maîtriser.
La suspension
Le souffle se suspend. Je regarde ce qui s'est produit. Des formes se dessinent, des correspondances apparaissent. Un animal, un paysage, une présence se laissent parfois deviner. Je contemple, je cherche, je découvre, j'accueille. C'est souvent le moment le plus mystérieux de la création et c'est comme recevoir un cadeau.
Le rythme régulier
Vient ensuite la régulation. Je reprends consciemment la main. J'organise, je choisis, je précise, j'établis des liens. J'aime profondément ce travail d'ordonnancement, ce dialogue entre l'imprévu et la volonté. Mais j'apprends aussi qu'il n'est pas nécessaire de tout révéler : certaines présences gagnent à demeurer suggérées.
L'essoufflement
Parfois, enfin, vient l'essoufflement. Le geste ralentit, le travail devient minutieux, exigeant. C'est notamment le temps de la ressemblance dans les portraits sur commande, celui des détails qui rendent un être immédiatement reconnaissable. Un travail auquel je tiens, même s'il m'éloigne parfois de la liberté des premiers gestes.
Ces cinq temps ne constituent pas une recette. Ils ne se succèdent pas nécessairement dans chaque œuvre. Ils sont plutôt les mouvements que je reconnais aujourd'hui dans ma façon de créer.
Ils m'aident à comprendre pourquoi je peux passer d'un portrait précis à un paysage presque rêvé, d'une scène biblique à une petite peinture sur bois, sans changer profondément de démarche.
Au fond, je cherche toujours la même chose : accueillir le vivant, découvrir ce qui se révèle et lui donner une présence, sans lui retirer tout son mystère.
Le Morvan nourrit cette recherche par ses brumes, ses forêts, ses lumières et ses silences. La foi lui donne une profondeur intérieure. Et chaque œuvre devient, à sa manière, une rencontre entre ce qui m'est donné et ce que mes mains en font.





